mai 15

Pour une culture accessible

De temps à autres, il arrive que quelqu’un se soucie de la culture en France. Parfois, quelqu’un fait un rapport au ministère. Lundi, c’était le tour de Pierre Lescure, journaliste chevronné et homme d’affaires respecté, de publier un dossier de 500 pages sur les moyens de lutter contre le piratage, qui assassine la culture française et les artistes débutants ou aboutis qu’elle traine. 

En voyant les articles résumant les projets proposés par M.Lescure, la seule pensée qui me soit venue à l’esprit est que j’étais en train de lire du vent. Car, malgré le tapage médiatique provoqué, rien ne change dans les propositions du journaliste. Certes, Hadopi est détruite (enfin). Les internautes pirates ne seront plus sanctionnés au troisième rappel que de 60 euros, en lieu et place des 1500, et c’est le Conseil Audiovisuel Supérieur qui se chargera de ces sanctions. Le système d’avertissement, lui, y sera toujours valable. Surtout, Lescure propose de taxer les appareils électroniques connectés à Internet et supposés recueillir musique, films, livres. Ainsi, si le gouvernement décide de suivre le rapport, le prix d’un smartphone devrait augmenter de 1 ou 2%. Très peu, mais appliqué à un grand panel de produits, le dispositif rapporterait des dizaines de millions d’euros à l’Etat.

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Pierre Lescure

La conclusion de ce rapport est le gouvernement français n’a pas saisi l’urgence d’une réforme du système culturel. Comment peut-on à ce point minimiser le problème? Comment peut-on croire qu’une simple taxe pourra palier à la baisse continue des ventes de produits culturels? Virgin a fermé, la FNAC va très, très mal. Ce sont deux institutions qui sont en difficulté, au moment même où le streaming et l’insaisissable direct download explosent littéralement… Les artistes, eux, ne touchent en général rien de leurs produits quand ils sont vendus légalement, l’industrie du disque est morte et celle du cinéma survit artificiellement grâce à quelques films fortement rémunérateurs.

La vérité est que le gouvernement, comme son prédécesseur, ne prend pas le problème par le bon bout. Arrêtons de diaboliser les pirates, de les stigmatiser. Ce sont souvent des gens censés qui ne peuvent (ou ne veulent moralement pas) lâcher 20 euros pour un film, 15 pour un CD. Mieux, qui ne peuvent pas payer 1,30 euros par chanson, ou 5 pour louer le temps d’une soirée un long-métrage. Dans ma bibliothèque personnelle, 200 films, 900 morceaux. Je vous laisse simplement faire le calcul pour vous rendre compte de ce que je pourrais jamais, au grand jamais, payer cette quantité de produits sans le piratage.

Alors je pose cette question simple à tous ces bureaucrates, à toutes ces têtes pensantes politiciennes: que dois-je faire? Respecter la loi, restreindre drastiquement le nombre de films, de musiques, de livres (j’allais les oublier) que je consomme? Ou bien continuer à enfreindre la législation pour me permettre de voir les films de Kubrick, les livres de Zola? La jeunesse, que l’on accuse si souvent de ne pas s’intéresser, de ne pas écouter, de ne pas apprendre, doit-elle arrêter de survivre culturellement grâce au piratage? A vous de voir. Mais une chose est claire: si l’on me donnait l’opportunité d’acheter à une somme raisonnable tous ces produits, et que j’étais sûr que l’argent tombe dans les poches des artistes, alors oui, je payerais. Si l’Etat créait une plateforme légale, avec moins d’intermédiaires et des forfaits mensuels ou annuels à régler pour consommer sans soucis, je signerais, des deux mains même. Le piratage n’est pour nombre de pirates que solution de secours face à un système qui laissent sur le bas-coté culturel les insolvables et les artistes. Quand le pouvoir aura compris cela, on peut considérer qu’il aura tout compris.

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mai 07

Indochine: de l’esthétique de la violence

Indochine a relancé un vieux, très vieux débat: celui de la violence à l’école. Dans leur clip « College Boy », le groupe s’est offert, bien qu’il se défende de vouloir faire sa promotion par le buzz, un coup de pub extraordinaire.  Mon humble avis sur cette vidéo est que le but d’Indochine est loin d’être clair.

Le buzz a enflé cette semaine autour d’une vidéo de 6 minutes. Le contenu est bien simple: un jeune garçon, a priori lycéen, est battu, humilié et crucifié (si, si!) par ses camarades. En noir et blanc, les images sont ralenties, très esthétiques.

Indochine-et-Xavier-Dolan-creent-la-polemique-avec-le-clip-ultra-violent-de-College-Boy_yahooExportPaysageEt c’est cela qui me gène, en vérité: beaucoup de chroniqueurs, plus ou moins douteux, comparent ce clip aux spots de la sécurité qui, il y a encore quelques mois, étaient diffusés à heures de grande audience, et dont les images choc défrayaient la chronique. Je trouve que cela n’a rien à voir: à aucun moment, les pub de l’Etat ne cherchent la beauté, c’est le contraire: il s’agit de choquer par le réalisme. Indochine de son coté, revendique « l’art » des images. Peut-on mettre à la disposition de tout le monde (sur Youtube, la vidéo est facilement trouvable) une violence aussi crue que l’image d’un garçon à qui on perce les bras de pieux? Ce n’est pas mon avis. Si Indochine veut vraiment faire de l’art, alors le clip ne doit être disponible en ligne si simplement. Les films de Pasolini ou de Kubrick, chefs-d’œuvre de l’art en l’occurrence, ne sont JAMAIS diffusés à la disposition de tous à la télévision: s’ils le sont, c’est à des heures où les enfants ne sont pas censés être devant la télé. Quand on veut faire de l’art violent ou décalé, on assume une visibilité réduite, ce que Indochine ne semble pas prêt d’accepter.

Pour pouvoir laisser sans restriction sa vidéo, le groupe doit donc prouver l’intérêt idéologique de celle-ci. Un 1311511-imprim-ecran-college-boy-1message doit être délivré aux jeunes. Les bandeaux sur les yeux des acteurs (représentant les témoins passifs) semblent pouvoir justifier cette volonté moralisatrice. Mais alors pourquoi avoir cherché le noir et blanc, le ralenti, plutôt que le réalisme? Le clip est trop esthétique pour pouvoir faire la morale, il a un coté gênant dans le fait qu’il rend presque « belle », en tout cas très stylée, une mise à mort.

Enfin, la dernière ambiguïté de la vidéo concerne l’impact publicitaire créé. Xavier Dolan, le réalisateur, et le groupe, savaient pertinemment que leur création allait relancer la polémique. Ils savaient qu’on allait parler d’eux. Il serait infâme de voir qu’on peut faire sa pub sur l’horreur, mais cela semble fortement être le cas, quoique qu’en dise Nicola Sirkis. Indochine ne pouvait en tout cas ignorer l’impact médiatique que la sortie du titre provoquerait.

M’est avis donc que College Boy, qui n’est pas une morale objective sur la violence, doit être retirée de Youtube, et réservée à un public averti, au titre d’œuvre d’art violente. Surtout, il ne faut pas s’attarder sur cette vidéo, car cela servirait la promotion d’un groupe en perdition médiatique depuis plusieurs années et qui semble avoir cherché le coup de pub miraculeux.

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mai 05

Critique impromptue: Une Vie, de Guy de Maupassant

Une Vie, sorti en 1883

Une Vie, sorti en 1883

« Ce roman, le premier de Guy de Maupassant, est une peinture remarquable des moeurs provinciales de la Normandie du XIXème siècle: hobereaux, domestiques et paysans y sont décris avec beaucoup de réalisme. » J’aurai dû me douter, avec ce genre de résumé, à la 4è de mon bouquin, que quelque chose allait planter.

Ma petite et ignoble vérité, je préfère la dire tout de suite, c’est que je n’ai pas fini le livre. Disons qu’à peine dépassée la moitié, j’ai préféré arrêter les dégâts. Mais, par curiosité plus que par courage, j’ai osé lire le petit dossier accompagnant le texte, histoire de voir en quel honneur la postérité a gardé en son coeur littéraire ce navet ennuyeux. Et la conclusion de cette histoire, c’est que si Une Vie est aussi célèbre aujourd’hui, c’est pour avoir martyrisé nombre de collégiens devenus illettrés car fâchés, et on les comprend, avec la littérature.

Parce que parmi les analyses du texte inclues dans le dossier, pas ou peu d’arguments sont tangibles. La langue « agile et mordante » de Maupassant est mise en avant, tout comme la « beauté originale de son histoire » et le réalisme de ses portraits féminins. Bref, du vent.

Attention, je ne suis pas celui qui déteste Maupassant ou le roman en général, non. Les nouvelles du brave Guy ont encore un réel crédit, les lire me procure un vif plaisir, même. Seulement, Une Vie est un roman, trop long pour que l’auteur sache tenir la bride, tout lui échappe: soit l’action est trop longue, soit trop rapide. Maupassant est tiraillé entre ses réflexes de nouvelliste et le rythme imposé par la longueur de l’exercice. Résultat: un livre d’une « chiantise » à mourir, pardonnez l’expression.

Et que dire des personnages? Non, ce n’est pas original, désolé messieurs dames les critiques analystes littéraires réputés expérimentés ! Jeanne est une niaise, Julien un arriviste goujat, et la mère une obèse hystérique. Alors non, je ne parlerais pas d’originalité pour ces Bovary ratés, au siècle de la folie des Rougon-Macquart, de la grandiloquence de Vautrin et de la beauté misérable. À la page 118, clap de fin pour Une Vie.

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avr 27

L.A. Noire, bijou Rockstarien

Cole Phelps est un inspecteur du LAPD, la police de Los Angeles. Vétéran de l’armée revenu du Japon, décoré de la Silver Star, il déjoue à présent les criminels de sa ville. Entre réussite professionnelle et décadence, Cole se dévoilera avec ses fêlures et ses erreurs, dans une série d’enquêtes dont personne ne sortira indemne.

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La map est très vaste.

Après GTA 4 et Red Dead Redemption, le studio Rockstar livre dans le Los Angeles d’après-guerre un jeu très réussi.

Le premier élément flagrant, et caractéristique des développeurs américains, est la carte, immense. Les longues avenues, perpendiculaires entre elles (excusez ce terme mathématique) sont typiques de la cité des anges et traduisent le réalisme porté à la réalisation de l’ambiance historique, des décors aux vêtements. On pourra tout de même regretter l’absence de commerces et autres éléments avec lesquels interagir, à l’instar d’un GTA par exemple. La conséquence est mineure mais réelle: visiter la ville n’a rien de désagréable, mais devient vite inutile, Cole ne pouvant rien collecter hormis quelques 95 véhicules.

Ce défaut n’est pas très important et ne nuit pas à la qualité générale du jeu. Un second inconvénient, en revanche, plombe plus réellement le titre: la longueur. Ou plutôt devrais-je dire la langueur de l’histoire: L.A. Noire souffre d’un réel manque d’action. Hormis quelques courses-poursuites scriptées ainsi qu’une ou deux scènes (dont le dénouement) vraiment mouvementées, le jeu est très majoritairement tourné vers l’exploration et l’enquête. Si le système d’indices et d’objectifs est très astucieux, on peut légitimement se lasser devant le coté rébarbatif des actions et reposer (ce fut mon cas) le jeu quelques temps.

Mais je fais la fine bouche: il y aurait eu matière à se plaindre si les enquêtes proposées n’avaient pas été intéressantes; mais entre un tueur en série, un complot autour de la drogue, et une affaire de pyromanie alambiquée et politique, L.A. Noire sort le grand jeu et frappe un grand coup, en affirmant son identité de titre lorgnant plus souvent du coté des neurones que des pouces. De ce point de vue, le système d’interrogatoire porté par un travail inédit sur les expressions faciales, est très réussi, à la fois difficile et prenant.

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Un des rares où Phelps esquisse un sourire.

Et que dire de ce scénario global? Il aurait pu se résumer à une success-story pure et simple. Mais non, loin de Rockstar l’idée de travailler à l’économie! C’est à un vrai bal politique de têtes mafieuses et corrompues, bourrues et machistes, que le studio nous convie. Les multiples flash-back sur la guerre, les magouilles discrètes des agents du LAPD se rejoignent toutes dans un dénouement magistral, émouvant, grandiose. Ce scénario, à mi-chemin entre L.A. Confidential et Le Parrain, se permet moult clins d’oeil au cinéma (les décors d’Intolérance, de David W. Griffith, les studios Keystone) et place Cole Phelps, sosie de Ryan Gosling à la « poker face » tout aussi réussie, dans le panthéon des personnages les plus intéressants de l’histoire du jeu vidéo. Marqué par la guerre, poussé par une volonté d’aider son prochain suspecte, il est le symbole de l’homme lacéré par un conflit qui le laisse tel un coquille vide, à la face lisse et à l’intérieur gris. Quand un jeu se permet d’atteindre de telles hauteurs de subtilité psychologique, on ne peut que lâcher sa manette et applaudir des deux mains.

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avr 20

Critique impromptue: Sixième Sens, de Night Shyamalan

affiche-sixieme-sensSortie le 6 août 1999

Réalisateur: M. Night Shyamalan

Avec: Bruce Willis, Harvey Joel Osment.

Durée: 1h47

Cole Sear, petit garçon surdoué de 8 ans, surprend tous les psychologues, qui ne parviennent pas à le cerner. Marqué par le divorce de ses parents, l’enfant va confier à Malcolm Crowe, un nouveau praticien, la source de son mal-être…

 

Attention, spoiler!
L’idée était foutrement bonne. À l’instar d’Alejandro Amenabar deux ans plus tard dans Les Autres, Shyamalan réussit avec Sixième Sens à lancer de la poudre aux yeux, à faire avaler à grands renforts d’eau sucrée la pellicule et à fermer de bonheur les yeux émerveillés des personnes… peu regardantes.
Je ne dis pas que le film est fondamentalement mauvais. 5/10, dans l’absolu, n’est pas une mauvaise note. C’est juste de quoi avoir son bac de réalisateur.
Alors M.Shyamalan, j’avoue que vous avez assez bien joué votre partition. Une intro en forme de meutre, puis ce qui semble être un flash-back. Le problème (ou la réussite, c’est à voir) de ce flash-back est qu’il dure une heure et demi. Le temps pour faire oublier aux amateurs de pop-corn (je n’ai rien contre le pop-corn, c’est juste que je préfère le thé, ça évite de s’endormir) que la scène d’introduction insinuait assez grossièrement la mort ou du moins le coma du personnage de Bruce Willis.
Donc, pendant 1 heure et demi, on suit l’histoire (sans grand rapport apparent avec l’intro) d’un petit garçon qui voit des fantômes. Quelques effets de mise en scène réussis, une évolution de l’histoire assez plate, un dénouement très bien comme il faut, puis vient le twist. Bruce Willis se rend compte qu’il est mort. Bien joué grand, j’ai un bonbon pour toi! Et une nouvelle aussi: au fond, on le savait déjà.
Shyamalan place tout le poids de son film sur ce twist spectaculaire, qui, sur le moment, et il faut bien le reconnaitre, est saisissant. Les amateurs de pop-corn sortent de la salle tout contents, avec des lumières plein les yeux. Mais où doivent aller les autres? En enfer! Sixième Sens, c’est et ça restera 55 millions de budget. À ce prix-là, la sauce paranormale hollywodienne proposée passe mal auprès de qui ne s’est pas endormi durant les dix premières minutes, et le twist apparait plus bancal qu’autre chose.
Comme le reste du film tend tout entier vers cette conclusion malhabile, Sixième Sens ne décolle pas et n’atteint pas la puissance d’un Incassable, par exemple, pour rester un spectacle à gros budget pour public peu attentif venu au ciné parce qu’il pleuvait.
J’aurais dû prendre du pop-corn, en fait.

 

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avr 10

A l’affiche: Effets Secondaires, de Steven Soderbergh

Effets Secondaires (« Side Effects »)

Sortie le 03 avril 2013

Réalisateur: Steven Soderbergh

Avec: Jude Law, Rooney Mara, Catherine Zeta-Jones, Channing Tatum

Durée: 1h46

Jonathan Banks est un psychiatre sans histoire jusqu’au jour où Emily Taylor, une de ses patientes, à qui il a prescrit un nouvel antidépresseur expérimental, tue son mari dans une crise de somnambulisme. La responsabilité de Banks dans l’affaire est alors évoquée…

Steven Soderbergh a annoncé, il y a quelques temps, qu’il arrêtait sa carrière de metteur en scène, à l’âge de 50 ans, pour se consacrer à la télévision. Celui qui a reçu la palme d’or à 26 ans devrait encore tourner un film en 2013, mais il est clair qu’Effets Secondaires est l’un de ses tout derniers long-métrages. Et franchement, on aurait espérer pour le réalisateur de Traffic et Ocean’s Eleven (entre autres) une sortie plus classe.

Car, de prime abord, le film est parfait. Dès les premières minutes, le jeu en apnée retenue de Rooney Mara happe le regard, et la mise en scène acérée, médicale, font plonger le film dans d’intrigantes profondeurs psychologiques. L’ambiance glaciale respire le thriller à plein nez, la BO est angoissante à souhait, et l’on s’attend à une pure démonstration. Avec ses gros plans qui torturent les visages, Soderbergh place ses pions et noue une intrigue dont les ressorts initiaux, simples et efficaces, promettent d’excellentes choses au spectateur.

Oui, mais la mise en scène, si elle fait souvent la réputation du réalisateur, ne fait pas le film, loin de là. Et malgré le talent apparent et évident du metteur en scène américain au nom de suédois, Effets Secondaires…et bien, comment dire… part totalement en cacahouète. Que l’on m’amène celui qui a écrit ce scénario! À peine digne des téléfilms sur NT1  du mercredi après-midi (et encore, NT1 pourrait porter plainte), il entraine dans sa déchéance le reste du film, des acteurs tout d’un coup pitoyables (que l’on m’amène aussi Mara, maladroitement machiavélique, et Zeta-Jones, stupidement perverse!), à la caméra jusque-là sûre de Soderbergh, noyé dans une accélération scénaristique en décalage complet avec le calme froid de l’incipit.

Le fait est que la fin du film s’éloigne à un tel degré de son point de départ, esquive tellement bien les problématiques posées par le meurtre, que je ne saurais dire qui est réellement responsable et pourquoi, dans ce thriller plus tellement maitrisé et dont l’impression générale restera celle du gâchis.

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avr 02

« Pourquoi? » n°2: Pourquoi je crois aux chances du PSG

Carlo Ancelotti a déjà soulevé la C1…

Dans quelques heures à peine, le Paris SG reçoit le FC Barcelone au Parc des Princes. Alors que les parieurs fuient l’équipe française et accordent (logiquement) leur confiance aux espagnols, je vais tenter d’expliquer pourquoi le Paris version QSI peut, à défaut d’être favori, créer  la surprise dans cette Ligue des Champions 2013.

D’abord, il est un argument que facile que j’entend pleuvoir dans les médias en ce moment et qui saigne les oreilles à chaque fois. Son énoncé est simple: « le PSG n’est pas assez expérimenté au plus haut niveau ». Dois-je rappeller que Thiago Silva est le capitaine du Brésil? Qu’Ibrahimovitch a joué aux milans, et à Barcelone? Que Thiago Motta a remporté la compétition il y a trois ans avec l’Inter? Ou qu’Ancelotti a remporté la compétition en tant que joueur et entraineur? Ces garanties de valeur doivent rassurer les supporters: le PSG n’a pas recruté que de jeunes phénomènes, mais aussi des joueurs expérimentés. Et si certains cadres de l’équipe française restent sans grande expérience (Jallet, Matuidi), ils seront encadrés par d’autres plus aguerris (Maxwell, Alex, Ibra). L’inexpérience des parisiens n’est donc pas un argument valable.

Ensuite, et cela (à mon humble avis) peut suffire à jeter le suspens sur l’issue de la double confrontation, personne ne connait vraiment les limites de Paris: qui peut réellement dire quelle opposition les joueurs de la capitale offriront aux barcelonais? Personne, pour la simple et bonne raison que le Paris-St-Germain n’a jamais joué de formation de l’ampleur du FC Barcelone. Ni Porto, ni même Valence ne sont de ce calibre. Et ne parlons même pas des matchs de championnat joués toutes les semaines. La phrase malheureuse de Leonardo après le match face à Reims, selon laquelle l’Europe « conviendrait mieux » à Paris, est catastrophique sur le plan de la communication, mais reflète bien le flou qui entoure encore Paris: la médiatisation, la pression qui entoure les joutes européennes poussera peut-être l’écurie de la capitale dans des retranchements plus forts… La théorie de l’exploit collectif ou individuel a un réel poids, dans ces conditions inédites.

Un quadrillage sera nécessaire!

Enfin, de manière plus pragmatique et tactique, il est important de voir que le style de jeu parisien a tout du piège pour les catalans: depuis la mise du 4-4-2, Paris s’est muée en véritable machine à contre, appuyée sur la vitesse de son milieu de terrain. La qualité de relance de Matuidi et Motta, la vitesse de Pastore, Lavezzi et Lucas, l’efficacité et la puissance d’Ibrahimovitch, peuvent, combinés, faire mal à une défense barcelonaise parfois mal placée cette saison et surtout réputée pour sa lenteur. Le Barça est habitué à posséder le ballon, le PSG est habitué à ne pas l’avoir. Il s’agira simplement pour les français de savoir surgir en contre, et d’être capables de quadriller efficacement le milieu de terrain, pour éviter les passes dans le dos ou entre les lignes.

Indéniablement, le Paris-St-Germain a les armes pour faire tomber le roi Barcelone. Il ne reste qu’à prier pour que les parisiens soient réalistes, et que les artistes espagnols (et argentins, pour ne pas les citer) ne sortent pas un exploit de leurs chapeaux. Personnellement, je ne supporte pas Paris, mais ce soir je tremblerais en tant que français. Parce qu’après tout, ICI, C’EST LA FRANCE!

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mar 29

La loi sur l’embryon, ou le débat qui dérange

La Parti Radical de Gauche (PRG)  proposé en décembre 2012 un nouveau texte, un article unique, sur l’utilisation des cellules souches embryonnaires (CSE) dans la recherche médicale. Adopté sans grand bruit médiatique au Sénat,  cette nouvelle proposition a créée une véritable empoignade idéologique à l’Assemblée Nationale, et a repoussé à 2014.

Que doit-il changer?

EmbryonDans la législation actuelle, toute recherche impliquant l’utilisation de CSE ou d’embryons (de 7 à 10 jours) est formellement interdite. Les chercheurs souhaitant employer ces éléments doivent demander une dérogation de la part de l’Agence de la biomédecine. Mis en place en 2006, ce système a permis à 79 entreprises et projets de recherche d’être menés à bien, l’agence opposant à 12 reprises un refus à l’emploi de CSE. Le projet de loi débattu hier à l’assemblée prévoit lui de change le statut par défaut des recherches: jusque là interdites avant l’accord de la dérogation, celles-ci seront par défaut autorisées, l’agence de biomédecine encadrant l’emploi des embryons selon le respect de quatre normes:  » la pertinence scientifique de la recherche «  ,  » la finalité médicale «   du projet, l’incapacité  » en l’état des connaissances scientifiques  » de réaliser le projet sans les CSE, et le respect des principes éthiques « . Ce changement revient en fati à se demander si l’utilisation d’embryon est logique et normale dans la recherche.

Pourquoi cela a bloqué

L’information importante à retenir est que l’adoption du texte a été repoussée, à 2014 semble-t-il. Les députés ont un calendrier à tenir, et la stratégie de l’UMP et de ses élus a été payante: en déposant près de 300 amendements (détails du texte à débattre et soumis à un vote), ils ont réussi à faire durer le débat trop longtemps pour être définitivement voté avant 1 heure du matin, horaire de fermeture de l’assemblée. Et comme l’hémicycle ne pas passer plusieurs jours sur l’étude de chaque loi, la proposition de loi du PRG a vu son étude décisive repoussée à l’année prochaine. Juste le temps pour la droite de relancer le débat.

Un manque de débat inapproprié

La droite, UMP en tête, s’oppose de toutes ses forces à l’adoption de ce projet, et cela depuis décembre 2012 et son adoption au Sénat: le parti dénonce la discrétion du débat (la procédure a été menée selon lui  » en catimini et à contretemps »), et demande plus de temps pour que le sujet mobilise l’opinion publique et qu’un vaste débat populaire se mette en place.

L’UMP dénonce  la précipitation dans laquelle le texte a été disputé:  » Le gouvernement mène une offensive libertaire qui s’attaque à des fondements de notre société : l’euthanasie, le mariage homosexuel, et maintenant la recherche sur l’embryon « , pour le député Philippe Gosselin. Le fait qu’aucun débat n’ait été réalisé au préalable a empêché l’adoption d’un texte qui dépasse pourtant la simple opposition gauche-droite: en 2002, Sarkozy, Fillon et Juppé avait voté un texte déjà très permissif.

Une idée disputée

Car le sujet est brûlant, et renvoie à une question complexe: peut-on considérer que les cellules souches, les embryons (constitués de quelques dizaines de cellules à peine), sont des être vivants à part entière? L’Église chrétienne considère que la réponse est oui, et que logiquement le texte doit être refusé: «  La dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle. Or, si l’on reconnaît en l’embryon, dès la conception, un être humain, faisant partie de l’humanité, on ne peut le traiter comme un matériau de laboratoire qu’on rejetterait après l’avoir utilisé comme réserve de cellules « . Les religieux refusent « l’instrumentalisation » d’un être humain potentiel.

Mais les détracteurs ne peuvent nier le poids potentiel de l’utilisation des CSE: outre les progrès probables dans les techniques de procréation médicalement assistée et dans les fécondations in vitro, les cellules souchesl-hemicyle-de-l-assemblee-nationale-le-29-janvier-2013-10851672olnvp_1713 pourrait entrer en ligne de compte dans la médecine régénérative, dont l’application pourrait soigner la maladie d’Alzheimer par exemple. Si toutes ces pistes restent du domaine de la recherche, leur impact intéresse fortement les médecins. Pour preuve, le prix Nobel de médecine est revenu en 2012 à deux scientifiques dont les travaux avaient aboutis à la création d’une espèce nouvelle de cellules souches.

L’emploi des CSE fait donc partie de l’avenir de la science, mais les considérations éthiques qui s’imposent face à ce travail sur de la vie potentielle font peur, à juste titre. La création en laboratoire de ces cellules souches non naturelles (et donc non humaines)  devient l’un des arguments principaux des opposants à la recherche sur les embryons: si l’on peut dans un futur proche recréer notre matériel de laboratoire nous-mêmes, pourquoi chercher à utiliser des vies humaines potentielles?

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mar 28

« Pourquoi? » n°1: Pourquoi la France méritait mieux…

Pour bien comprendre dans quel état psychologique je me trouvais avant le France-Espagne de mardi soir, il convient de replacer les évènements dans leur contexte: nous accueillions au Stade de France la meilleure équipe du monde (et peut-être de tous les temps), qui restait sur deux matchs poussifs en Géorgie et en Finlande, mais dont la concentration dans les gros matchs, démontrée à l’euro par exemple, avait de quoi effrayer. Nos deux latéraux habituels, Debuchy et Sagna, étaient blessés, et le troisième au poste, Jallet, allait devoir affronter Pedro en 1 contre 1, avec l’ombre d’Iniesta et ses coups de patte rasants dans le dos. Par ailleurs, notre arme offensive numéro 1, j’ai France's Mathieu Valbuena kicks the ball between Spain's Sergio Busquets Burgos and Spain's Sergio Ramos Garcia during their 2014 World Cup qualifying soccer match at the Stade de France stadium in Saint-Denisnommé Karim Benzema, restait sur une série impressionnante de stérilité. Enfin, nous titularisions deux joueurs de moins de 20 ans, Varane et Pogba, qui, tout talentueux qu’ils soient, témoignait de notre instabilité chronique dans l’axe.

Alors, non, figurez-vous, je ne me berçais pas des illusions procurées par le match aller, où la fantomatique prestation espagnole avait l’air trop inhabituel pour être sincère. Et lorsque le coup de sifflet a retenti, je ne plaçais pas de trop fols espoirs dans cette rencontre, misant plutôt sur la Géorgie et son bloc pour ralentir la cadence ibérique, et nous ouvrir la porte du Brésil. Il faut admettre que le départ m’a surpris: agressifs et inspirés, nous bousculions réellement l’Espagne. Le double-contact et le retourné de Valbuena laissait entrevoir de réelles ambitions.Mais bien vite, un dédoublement de Montreal dans le dos de Jallet a réveillé mes craintes quant à la légitimité du parisien à ce niveau, et la Roja a repris le ballon, nous condamnant à un « cadenassage » du milieu et à quelques contres. Si la formidable capacité de conservation des espagnols a constitué la première pierre posée pour accéder à la victoire, la France n’a pas démérité et s’est procuré plus d’occasions que son oppresseur. Ribéry, Valbuena et Benzema ont bien combiné, tenté leurs chances au moment opportun. Mais le premier nommé a raté avant la mi-temps la balle de match sur un service du second, en poussant trop son ballon. Malgré tout, la conservation stérile de l’Espagne pouvait réellement laisser des espoirs pour la seconde période. Le problème, c’est qu’à peine celle-ci commencée, nous avons encaissé un but, la faute à Jallet, à nouveau dépassé, et à Evra, incapable de relayer son central dans les six mètres.

La vraie victoire espagnole commence alors: la conservation se transforme en taureau, les contres se font de plus en plus rares, la fatigue aidant. Seuls les coups de pied arrêtés faisaient trembler les ibériques. Le vrai combat n’est plus sportif, mais psychologique et tactique. En nous frustrant, l’Espagne provoque des fautes que ses attaquants, joueurs de poche, savent savamment amplifier. Le piège se referme définitivement lorsque Paul Pogba est exclu très sévèrement: l’arbitre France_Espagne_Coupe_du_Mondea-t-il repensé au penalty non sifflé en première période (à juste titre), et aux faces hurlanes de Xavi et Ramos devant lui, certainement. Pensa-t-il à sanctionner Arbeloa, coupable d’une bonne dizaine de fautes sur Ribéry, d’antijeu pour certaines? Non.

Le coup de maitre espagnol n’est pas sportif, il est tactique, car à dix contre onze le match est perdu: Pogba est à ce titre le symbole de cette équipe française inexpérimentée, joueuse, méritante, mais défaite par un adversaire moins flamboyant mais présent au moment où il faut. Sans se procurer une multitude d’occasions, sans jamais dominer outrageusement, les doubles champions d’Europe ont géré ce match. Les regrets français laissent désormais place à la confiance en l’avenir: les prestations incontournables de Valbuena et Ribéry, les révélations en bleu de Varane et Pogba, le jeu proposé peuvent donner de l’espoir à un groupe qui, mardi, méritait décidément mieux.

 

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mar 07

Elections législatives italiennes: il faut sauver le soldat Italie

Dans le petit monde de la politique européenne, la semaine passée a très certainement été l’une des plus difficiles de l’année. En effet, les élections législatives italiennes étaient organisées. Il s’agissait donc pour les transalpins de choisir leurs représentants à la chambre des députés ainsi qu’au Sénat, ces deux institutions étant chargées ensuite de voter les lois proposées par le gouvernement.

Une faille dans le système

Pour bien saisir le problème qui s’est posé mardi dernier après les votes, il faut retracer les contours du paysage politique en Italie. A droite de l’échiquier, le Parti

de la Liberté dirigé par Silvio Berlusconi. L’ancien président du conseil (équivalent du premier ministre en France, avec de plus grandes responsabilités), à coup de promesses folles anti-rigueur (inapplicables), a su reconquérir le cœur des italiens qui l’avait pourtant chassé du pouvoir. « Il Cavaliere » (c’est son surnom) a fait de la politique de réduction de la dette son ennemi. Résultat : environ 30 % des votes, au terme d’une remontée inattendue dans les sondages.

Les résultats (via le Monde du 26 février)

Les résultats (via le Monde du 26 février)

Au centre, on trouve deux partis : d’une part, l’Union du Centre de Mario Monti, professeur d’économie (dont la démission de la présidence du conseil, en décembre 2012, a précipité l’organisation de ces élections) qui, au contraire de Berlusconi, préconise le redressement des finances par les économies et de nouvelles taxes. Cette politique est celle qu’il a mis en place durant son mandat. Il est le grand perdant de l’élection, avec moins de 10% des sièges. D’autre part, le Parti Démocrate dirigé par Luigi Bersani, plus ancré à gauche. Favori de l’élection, ce parti de centre-gauche a obtenu une majorité relative (premier mais pas à plus de 50 % des voix).

Enfin, aux extrémités, on peut citer la Ligue du Nord, parti d’extrême droite ultra-nationaliste prônant la sortie de la zone euro et une politique stricte d’immigration, qui n’a pas obtenu les résultats escomptés (moins de 5% des sièges). Mais surtout, à l’extrême gauche, le Mouvement 5 Étoiles créé par Beppe Grillo, un ancien humoriste nouveau venu sur la scène politique, et dont le parti a canalisé les frustrations des italiens face à la rigueur et les coupes budgétaires imposées par le gouvernement, égalant en termes de voix exprimées dans le suffrage les «grands» partis de Bersani et Berlusconi. Ses militants, nouveaux venus dans la politique, siégeront alors qu’ils n’ont pour la plupart jamais participé à un débat parlementaire.

Les élections de mardi ont causé une panique généralisée dans la classe dirigeante italienne, et même européenne, ainsi que sur les marchés financiers mondiaux. Pourquoi? Car les résultats ont été très serrés. Ils devaient décider de l’avenir politique de l’Italie: si une majorité se dégageait, a

lors un nouveau gouvernement du même bord serait composé. Malheureusement, les résultats mettent le Mouvement 5 étoiles, la Parti de la Liberté et le Parti Démocrate quasiment à égalité, et aucune de ces formations ne veut passer d’accord avec les deux autres pour créer une coalition susceptible de réunir plus de 50% des élus; la loi italienne oblige à la majorité absolue pour décider d’un vainqueur: le pays est donc pour l’instant ingouvernable car sans parti dominant. Dans ces conditions, deux solutions: soit les partis trouvent un accord, soit de nouvelles élections sont organisées.

Quelles conséquences?

Cet imbroglio a des conséquences économiques: les marchés financiers, ainsi que les investisseurs qui y circulent, détestent l’instabilité politique. Les bourses de Milan, Paris et New York ont toutes chuté après l’annonce des résultats. Pire, on craint que ces chiffres coutent beaucoup d’argent à l’Italie: pour combler ses déficits annuels, le pays emprunte sur les marchés, avec des taux d’intérêt (somme à rembourser en plus de la somme empruntée) plus ou moins forts. Du fait de l’instabilité actuelle, les taux sont plus forts car les prêteurs (des banques pour la plupart) estiment que le risque de non-remboursement des futurs prêts est plus élevé. L’Italie, en empruntant, aura donc plus d’argent à rembourser. De plus, la méfiance envers l’Italie va certainement se répercuter sur les autres pays emprunteurs: l’Espagne et le Portugal notamment. Le premier cité doit emprunter en 2013 près de 70 milliards. Une augmentation des taux de 1 ou 2% peut faire une sacrée différence… Signe que les simples élections transalpines ont des conséquences européennes!

Les différences de croissance à l'échelle européenne

Les différences de croissance à l’échelle européenne

Les autres conséquences des résultats législatifs sont bien entendu d’ordre politique: d’abord, il faut imaginer que d’ici quelques semaines, un quart des députés siégera sans jamais avoir fait de politique! En effet, les militants du Mouvement 5 étoiles élus sont des débutants. Le Monde prend à ce sujet l’exemple d’un étudiant en droit, qui, au moment de finir sa thèse, est appelé à rédiger les lois de son pays. Sans être incompétents, ces députés issus de la société civile auront certainement une attitude différente des parlementaires habituels, et une vision différente de la crise ainsi que des décisions à prendre. Bonne ou mauvaise nouvelle pour le peuple italien? Seul le temps saura le dire.

La seconde conséquence politique est plutôt une conclusion: les peuples européens, étrillés par la crise, rejettent massivement les politiques d’austérité (augmentation des impôts, baisse des prestations sociales et des salaires) et par extension l’Europe: en effet, on peut considérer que les 27 membres de la zone euro ont sans cesse le choix entre la politique de relance (baisse des impôts, augmentation des salaires) qui garantit la croissance par la consommation mais qui entraine l’inflation, et la politique d’austérité, qui fait baisser la consommation des ménages, la production des entreprises mais permet de réduire la dette. Et la z

one doit adopter une politique commune à tous ses membres; le problème actuel est que l’Allemagne, et les pays scandinaves, peu endettés, préfère l’austérité pour limiter la hausse des prix et la dévaluation de la monnaie (baisse de sa valeur), quand l’Italie, l’Espagne ou la Grèce aurait besoin de relancer leur économie, mais doivent aussi s’imposer de l’austérité pour réduire leurs dettes respectives. Ainsi , en Italie la semaine passée, les votes ont démontré le mécontentement des peuples face aux coupes drastiques qui « saignent » les italiens. La politique d’austérité, nécessaire, est associée à l’Union Européenne, et les voix se dirigent du coup sur des partis extrêmes qui se dressent contre la « dictature » supposée de l’Allemagne notamment. En Italie, la frustration du petit peuple s’est reconnue en Beppe Grillo, ancien comique, se détournant des politiques traditionnels, à l’image d’un Mario Monti compétent sur le plan économique mais appliquant la rigueur, et grand perdant des élections. Dans ces conditions, la question de la solidarité européenne, d’autant qu’en Allemagne, des voix s’élèvent déjà pour réclamer la sortie de l’Italie de la zone euro, comme pour la Grèce il y a quelques mois.

Beppe Grillo, la surprise du chef comique

Beppe Grillo harangue la foule

Beppe Grillo harangue la foule

Désormais à la tête du troisième parti du pays, Beppe Grillo n’avait pourtant aucune prédisposition à la politique. Après des études de comptable, il commence une carrière de comédien miséreux dans les cabarets, avant d’être repéré pour animer des sketchs à la télévision. Il en finalement banni en 1986, pour une blague peu goutée par le président du conseil de l’époque, qu’il traite de voleur. Le politique sera condamné à dix mois de prison six mois plus tard, pour financement illicite. Grillo lui-même aura des démêlés avec la justice: impliqué dans un accident de la route, il est condamné pour homicide involontaire (il est pour cela inéligible). Puis le comique se prend à dénoncer, tacler les politiques. En 2007, sa journée « Vaffanculo » (va te faire foutre) leur est adressée. Son blog piquant est visionné sans cesse, et le Mouvement 5 Étoiles finit par naitre en 2009. A bord de son camping-car, emmitouflé dans sa parka en plein air quand les autres militent en costume sur les plateaux télé, Grillo touche les italiens avec son programme révolutionnaire (coupes dans les dépenses militaires ou baisse des salaires des politiques). Jusqu’à ces élections où il catalyse les mécontentements et incarnent l’anti-système populiste, souvent plébiscité en temps de crise. Avec un rôle de bouffon politique qui lui va comme un gant, lui le comique devenu le politique le plus influent d’Italie.

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